Rentrée littéraire

2021

Parution le 18 août 2021

G. A. V.

Par Marin Fouqué

Roman

Deux coups de feu ont retenti dans le quartier et les policiers rêvent de mettre la main sur le fauteur de troubles. En attendant, ils ont embarqué Angel, qui n’en est pas à sa première garde à vue. Mais Angel connaît la musique, il ne balancera personne.
Une nuit dans un commissariat, à chaque cellule sa voix : Angel à l’étrange sourire ; une jeune femme soumise au harcèlement quotidien d’un entrepôt ; des émeutiers ramassés à la fin d’une marche pour le climat ; un vieux manifestant brutalisé ; un cadre en dégrisement ; un flic exténué ; un adolescent souffre-douleur… Parias d’une nuit ou d’une vie, ils n’ont rien à déclarer, mais un destin à endosser, des circonstances à ressasser, une colère à exprimer, des espoirs à ranimer.
Intense comme un combat de boxe, puissante comme un cri d’alarme, cette polyphonie livre la radiographie d’une société française pulvérisée par le mépris et les rapports de domination. À travers des personnages aussi violents que tendres, dont l’ardente énergie éclaire les ténèbres de la garde à vue, Marin Fouqué transforme sa rage en chant de révolte collective.

Pour avancer, il fallait suivre le néon. Les premiers mots pour dire cette sensation de fracassé, ce poids dans les chaussures, le corps qui marche seul, mû par l’inertie des pentes, après avoir rempli les tâches répétitives du travail. On n’a pas le droit de se parler, encore moins l’envie ; on ne voit plus le soleil. Que le néon. Où qu’on aille, du matin au soir, cet éclairage sans lumière, ce halo sans tunnel, cette source sans issue, le néon est partout au-dessus de nos têtes. Et dans le crâne cette permanente question : Est-ce que j’en fais encore partie ?

Cette même question que l’on se pose en G. A. V., en garde à vue. Faire partie de la société, vivre ensemble, faire corps, aujourd’hui, ça veut dire quoi ? Au plafond du commissariat : le néon. Et si c’était le même ? Le même néon aux ombres nettes, aux découpes franches, dans chaque zone où l’on façonne les parias. Sous lui, c’est l’antichambre de la prison. Sous lui, c’est le rappel à la loi. Sous lui encore, c’est une bravade virile et vaine. Sous lui aussi, le lieu de travail. Enfin, pour les mêmes personnes dans ce pays, toujours les mêmes, sous lui, c’est le risque d’y rester. La G. A. V. comme miroir grossissant de nos réalités.

Voilà où m’aura mené ce néon. Un roman choral, c’est sûr, une fresque en creux de notre société, je l’espère, une dernière sommation, je le crains. Mettre en lumière dans un même texte les violences policières et les suicides en uniforme, deux faces d’une même pièce. Percer les sévices au travail comme les fureurs de l’intime. Éclairer les enfermements, ceux du dehors comme du dedans. Écrire le vieux monde qui tremble, encore, et le nouveau qui saigne, déjà. Pour espérer sortir un jour de notre voie de garage, avant la nuit, ultime urgence : briller plus tendres que les néons.”

M. F.

© Safia Bahmed-Schwartz

A propos de l’auteur

Marin Fouqué

 

Né en 1991, Marin Fouqué est diplômé des beaux-arts de Cergy. Il vit en Seine-Saint-Denis, anime des ateliers d’écriture, étudie le chant lyrique et pratique la boxe française. Il écrit de la poésie, du rap, des nouvelles, et propose sur scène des performances mêlant prose, chant et musique.

77, son premier roman publié par Actes Sud en 2019, a été très remarqué par la critique et lui a valu une bourse de la fondation Lagardère.

Parution le 18 août 2021

Et pourtant ils existent

Par Thierry Froger

Roman

D’abord il y a la nuit, la lune, la mer, une exécution sur une plage d’Ibiza. Un homme tombe sur le sable, et le roman s’enclenche. Au café du Croissant à Paris, Jean Jaurès ne fi nit pas sa tarte aux fraises, interrompu par deux balles tirées à bout portant. Un matin, la petite Rose est réveillée par sa mère qui vient lui annoncer la mort de son arrière-grand-père, ce héros de la guerre d’Espagne. Le seul ?

Dans un roman-manège pyrotechnique et grisant, avec malice, volupté et mélancolie, Thierry Froger reconstitue en prestidigitateur les exploits questionnables de Florentin Bordes, totem anar de sa propre famille, et l’absurde antidestin de l’assassin de Jaurès, aussi évanescent que son geste fut mondialement fatal. Témoignant de ces deux trajectoires en zigzag, des voix s’élèvent, se répondent, se contredisent pour démêler équivoques du réel, vérités improbables et hypothèses de la fiction.

Entre la grande Histoire et les vies minuscules, Et pourtant ils existent examine et réorganise le frottement électrique des moments de bascule, l’infinie réverbération des blessures (d’orgueil, d’amour, de guerre), et l’écho persistant des possibles de l’enfance comme de l’engagement.

 

C’est en lisant une biographie de Jaurès que j’ai rencontré pour la première fois le vilain nom de son assassin, sa personnalité incertaine et sa mort mystérieuse sur une plage d’Ibiza au début de la guerre d’Espagne. Ce conflit m’a toujours semblé condenser le meilleur et le pire du XXe siècle en portant à son plus haut point d’incandescence l’espoir et la générosité mais aussi la barbarie, le mensonge, la lâcheté. La guerre d’Espagne me paraît être une blessure à vif dans la mémoire des hommes. Et je l’ai voulue au cœur de ce nouveau livre et de la saga familiale déjà en filigrane de mes deux précédents romans.

Dans Les Nuits d’Ava, Ariane dit un jour à son mari : « Mon pauvre Jacques, tu es atteint par la maladie du siècle et tu as la naïveté des enfants : tu crois aux légendes. Il n’y a eu qu’un seul héros durant la guerre d’Espagne et c’était mon grand-père. » Ces deux phrases ébauchaient les principaux motifs de Et pourtant ils existent : l’héroïsme, les légendes, les croyances de l’enfance, la guerre civile espagnole – et le grand-père d’Ariane, Florentin Bordes, militant anarchiste, qui va croiser le destin de l’assassin de Jaurès.

Ce qui se joue entre les deux hommes est le point aveugle autour duquel s’enroulent les fils désordonnés mais serrés de l’Histoire et de la fiction. Ils ne cessent de se tresser, se prolonger, se délier à travers une polyphonie de voix qui se répondent et se télescopent pour esquisser un récit du début du XXe siècle à nos jours, de l’assassinat de Jaurès à la révolte des gilets jaunes – récit dont le cœur brûlant serait la guerre d’Espagne, ce terreau vivace où poussent tous les rêves de liberté. Y compris la liberté grande et rebelle qui est celle du roman.”

T.  F.

© Patrice Normand / Leextra / Actes Sud

A propos de l’auteur

Thierry Froger

 

Plasticien, poète, romancier, Thierry Froger a publié chez Actes Sud Sauve qui peut (la révolution), (2016, prix Envoyé par La Poste) et Les Nuits d’Ava (2018, prix Castel du roman de la nuit). En 2014, son recueil de poésie Retards légendaires de la photographie (Flammarion, 2013) a reçu le prix Henri- Mondor de l’Académie française.

Parution le 18 août 2021

Comme nous existons

Par Kaoutar Harchi

Récit

Kaoutar Harchi mène dans ce livre une enquête autobiographique pour saisir, retranscrire au plus près cet état d’éveil, de peur et d ‘excitation provoqué, dit-elle, “par la découverte que nous – jeunes filles et jeunes garçons identifiés comme musulmans, que nous le soyons ou pas d’ailleurs – étions perçus à l’aube des années 2000 par un ensemble d’hommes et de femmes comme un problème.” Un livre où l’amour filial et l’éveil de la conscience politique s’entremêlent dans une langue poétique et puissante.

Comme nous existons est un récit autobiographique.  Qui est le fruit d’un double regard : le regard qu’enfant et adolescente je portais sur moi-même et sur ce qui m’entourait sans avoir les mots pour le dire et le regard qu’adulte, aujourd’hui, je porte sur ce passé pas si lointain en ayant à ma disposition les clés de lecture adéquates. Mon premier souci aura été de retrouver en chaque expérience vécue, et entre les expériences elles-mêmes, les logiques politiques de classe, de genre et de race qui y ont présidé, considérant que ma trajectoire biographique a moins résulté de ma volonté individuelle que des possibles qui m’ont été tantôt donnés, tantôt refusés. Mon ultime souci aura été de rapporter ces expériences en étant sensible à la langue, à l’image, à l’émotion, afin que la littérature ne se serve pas de la violence sociale comme d’une forme abstraite mais vienne, au contraire, servir son énonciation, sa dénonciation et son dépassement. C’est une recherche continue de la forme juste qui fait de l’écriture une intervention.

Comme nous existons est un récit à la fois rétrospectif et réflexif qui retrace le quotidien d’une famille vivant dans la crainte d’être défaite – par le travail, par l’argent, par la police, par l’institution scolaire, par les institutions administratives plus généralement – ainsi qu’un récit d’ensemble, collectif, qui selon le principe de vraisemblance fictionnelle, donne forme au vécu de millions d’autres familles, en France. Mon ambition a été celle-ci : nous dire en tant que famille et dire, dans le même mouvement, ce qui faisait de nous une famille parmi bien d’autres.”

K. H.

© Emmanuelle Le Grand

A propos de l’autrice

Kaoutar Harchi

 

Kaoutar Harchi est chercheuse en sociologie. Aux éditions Actes Sud elle a également publié L’Ampleur du saccage (2011) et À l’origine notre père obscur (2014). Chez Pauvert, en 2016, un essai intitulé Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne.

Parution le 18 août 2021

Dernière oasis

Par Charif Majdalani

Roman

Un spécialiste libanais de l’archéologie orientale est invité dans le Nord de l’Irak par un certain général Ghadban à expertiser diverses pièces antiques. Il est reçu au milieu de plantations qui sont comme une oasis dans le désert, un îlot hors du temps, où il attend son mystérieux hôte en méditant sur la splendeur des paysages et sur l’origine des pièces qu’il soupçonne d’être liées à un important trafic d’art. Mais en ce début d’été 2014, à la veille du déferlement de violence en Irak, ce lieu d’apparence si paisible, occupé par l’atypique brigade du général Ghadban, entouré d’un côté par les forces kurdes et de l’autre par les djihadistes de Daech, se retrouve aux avant-postes de grands bouleversements – autant dire que sa sereine beauté est digne du calme qui précède la tempête.

Sur les trésors à jamais perdus et sur la marche erratique de l’Histoire, Charif Majdalani signe un singulier roman d’aventures, aussi contemplatif et nostalgique que captivant, qui confronte le vain fracas humain à la bouleversante puissance de l’art et à l’immuable indifférence de la nature.

L’idée de départ était involontairement gracquienne. Il s’agissait de décrire quelques semaines de la vie d’un marchand d’art invité à venir expertiser un trésor d’objets assyriens sur une plantation du nord de Mossoul. Ce lieu, qui pourrait bien être le dernier vestige des vieux jardins du paradis biblique, va bientôt devenir un enfer. C’est l’été 2014 et, depuis cet endroit précis de la Terre, le monde entier est sur le point d’être aspiré dans le gouffre de la violence et du chaos. Pourtant, à la veille de ce moment terrible, le temps paraît suspendu. Le danger impalpable accentue la beauté des choses. Tout semble magnifiquement figé dans l’attente, comme au temps rêvé où c’était là peut-être le paradis.

J’ai fini d’écrire ce livre au mois de mai 2020, avant l’exacerbation de la crise libanaise. Après l’avoir achevé, je me suis mis à la rédaction d’un journal pour raconter la vie quotidienne devenue surréaliste au Liban, un journal publié dans l’urgence sous le titre de Beyrouth 2020. L’explosion sur le port de Beyrouth s’était entre-temps produite. Elle a depuis bouleversé nos vies et nos priorités, et je me suis demandé à un moment si la fiction était encore possible dans ces conditions. J’ai fini par décider que oui, et particulièrement le genre de celle qui se noue dans cet ouvrage, parce que ce qui est arrivé au Liban comme ce qui ne cesse de se produire dans le monde aujourd’hui – Covid, guerres, montée des populismes et du complotisme ou menaces sur les démocraties – est aussi, à l’instar des événements que je raconte ici, le résultat de ce désordre du monde, de l’incapacité des hommes à gérer la marche tâtonnante, imprévisible et souvent immaîtrisable de l’Histoire. L’Histoire qui, ainsi que me l’écrivait Bertrand Py pour m’encourager à publier ce roman, rebondit comme un ballon de rugby sur le gazon du Temps.”

C. M.

© D. R.

A propos de l’auteur

Charif Majdalani

 

Né en 1960 à Beyrouth, où il vit, Charif Majdalani est professeur à l’université Saint-Joseph. Écrivain, il est notamment l’auteur de sept romans parus aux éditions du Seuil. Chez Actes Sud, il a publié Beyrouth 2020. Journal d’un effondrement, qui a reçu en 2020 le prix spécial du jury Femina.

Parution le 18 août 2021

Femme du ciel et des tempêtes

Par Wilfried N’Sondé

Roman

La sépulture d’une reine à la peau noire, qui dormait sous le permafrost depuis plus de dix mille ans, vient de se révéler à un chaman de la tribu des Nenets, dans la péninsule de Yamal. Les peuples de Sibérie auraient-ils des ancêtres venus d’Afrique ?
Décidé à utiliser sa découverte pour protéger un territoire naturel menacé par l’exploitation gazière, le chaman demande de l’aide à un scientifique français et ami, dans l’espoir que celui-ci saura mobiliser les écologistes du monde entier. Le zoologue organise une expédition rapide et discrète, et sollicite pour l’épauler deux jeunes gens aussi compétents qu’idéalistes : une docteure en médecine légale germano-japonaise et un anthropologue d’origine congolaise. Un mafieux russe et son homme de main, qui tiennent à leurs projets industriels, les attendent de pied ferme…
Dans ce roman d’aventures palpitant, Wilfried N’Sondé met son ardeur au service de thématiques nécessaires – le respect de la nature, l’harmonie de l’humain et du vivant – et inspirantes – le lien, le partage et la transmission entre les peuples, ainsi que la communication entre mondes visible et invisible.

Je voulais depuis quelque temps écrire un roman d’aventures qui introduirait une dimension spirituelle dans le débat sur les rapports de l’Homme à son environnement. Ce projet s’est précisé en 2018, lorsque des généticiens scandinaves ont décodé l’ADN d’une adolescente à la peau noire, aux yeux bleus et aux cheveux bouclés, qui a vécu au Danemark il y a environ 8 000 ans. L’idée m’est tout de suite venue d’imaginer la découverte de la tombe d’une femme de la même époque dans le sol du nord de la Sibérie, une terre rude, pétrie de mystère et de démesure, dont j’avais découvert les imposants paysages durant l’été 2010, à bord du Transsibérien.

J’avais envie de construire une intrigue autour de ce personnage singulier, à la fois ancêtre vénérable pour la population locale, sensation archéologique pour les scientifiques du monde entier et sérieux obstacle pour des industriels désireux d’exploiter les matières premières dont regorgent les contrées septentrionales de la Russie. Très vite, la complexité des positions, parfois antagonistes, concernant un même objet m’est apparue telle que j’ai opté pour le roman choral qui, plus à même d’exprimer les divergences, préserve du manichéisme.

Ce roman a été en partie écrit pendant le confinement, je l’ai conçu comme un prétexte à l’évasion, une respiration dans l’atmosphère pesante de l’enfermement. Sur des thèmes majeurs du XXIe siècle, il m’importait de proposer un texte entraînant, dépaysant, qui nous emmène dans le Puy-de-Dôme, à Mbanza Congo, dans les montagnes d’Afghanistan, ou encore dans les rues de Berlin… mais surtout en Sibérie, aux confins de la planète, au-delà du cercle polaire arctique.”

W. N.

© Pauline Huillery

A propos de l’auteur

Wilfried N’Sondé

 

Né en 1968 à Brazzaville, Wilfried N’Sondé a grandi en Île-de-France et vécu vingt-cinq ans à Berlin. Il habite désormais à Lyon. Il est l’auteur de cinq romans publiés chez Actes Sud, notamment Le Cœur des enfants léopards (2007, prix des Cinq Continents de la francophonie et prix Senghor de la création littéraire) et Un océan, deux mers, trois continents (2018), qui a reçu une dizaine de prix littéraires, parmi lesquels le prix Ahmadou Kourouma, le prix France Bleu / Page des libraires et le prix des lecteurs de L’Express / BFMTV.

 

Parution le 18 août 2021

Le mode avion

Par Laurent Nunez

Roman

 

“un endroit où aller”

L’épopée tragicomique d’Étienne Choulier et de Stefán Meinhof – soit la vie et l’œuvre de deux linguistes anachorètes guettant l’éclair de génie et se jalousant jusqu’à un duel funeste. Deux aventuriers modernes de la langue française, qui se font la promesse d’en révéler les trésors insoupçonnés, et d’offrir à la postérité de nouvelles théories du langage, aussi inattendues qu’inoubliables.

Le mode avion est une configuration qui coupe d’ordinaire toutes les connexions. Mais si je les rétablis, si je me demande d’où vient ce roman et pourquoi je l’ai écrit, voici ce que je trouve.

  1. Ma lecture de Feu pâle de Nabokov.
  2. Mes souvenirs d’une résidence d’écrivain au monastère de Saorge.
  3. Les moqueries de mes amis, qui trouvent que j’ai toujours la tête ailleurs.
  4. Ma gêne profonde quand j’entends l’expression : un artiste engagé.
  5. La question de mon père il y a des années, et à brûle-pourpoint, dans un couloir : « Mais ça te vient comment, toutes ces idées ? »
  6. Mon désœuvrement en 2017, soudain au chômage : « Qu’est-ce que je vais faire de tout ce temps libre ? »
  7. Le cri que j’ai poussé quand j’ai compris qui était Kevin Spacey à la fin d’Usual Suspects.
  8. Ma passion saugrenue, assurément, pour les manuels de grammaire, que je collectionne depuis vingt ans.
  9. Moi ne sachant jamais quoi dire de la sexualité ni du désir amoureux.
  10. Mon envie de surprendre le lecteur, et de le faire rire ”

L. N.

© D. R.

A propos de l’auteur

Laurent Nunez

 

Laurent Nunez a été professeur de lettres, critique littéraire, rédacteur en chef du Magazine littéraire. Il est désormais éditeur et écrivain. On lui doit des ouvrages passionnants sur le pouvoir de la littérature, comme Les Récidivistes (Rivages poche, 2008), L’Énigme des premières phrases (Grasset, 2017), et Il nous faudrait des mots nouveaux (Les éditions du Cerf, 2018).

Parution le 18 août 2021

Pleine terre

Par Corinne Royer

Roman

Ce matin-là, Jacques Bonhomme n’est pas dans sa cuisine, pas sur son tracteur, pas auprès de ses vaches. Depuis la veille, le jeune homme est en cavale : il a quitté sa ferme et s’est enfui, pourchassé par les gendarmes comme un criminel. Que s’est-il passé ?
D’autres voix que la sienne – la mère d’un ami, un vieux voisin, une sœur, un fonctionnaire – racontent les épisodes qui ont conduit à sa rébellion. Intelligent, travailleur, engagé pour une approche saine de la terre et des bêtes, l’éleveur a subi l’acharnement d’une administration qui pousse les paysans à la production de masse, à la déshumanisation de leurs pratiques et à la négation de leurs savoir-faire ancestraux. Désormais dépouillé de ses rêves et de sa dignité, Jacques oscille entre le désespoir et la révolte, entre le renoncement et la paradoxale euphorie de la cavale vécue comme une possible liberté, une autre réalité.
Inspiré d’un fait divers dramatique, ce roman aussi psychologique que politique pointe les espérances confisquées et la fragilité des agriculteurs face aux aberrations d’un système dégradant notre rapport au vivant. De sa plume fervente et fraternelle, Corinne Royer célèbre une nature en sursis, témoigne de l’effondrement du monde paysan et interroge le chaos de nos sociétés contemporaines, qui semblent sourdes à la tragédie se jouant dans nos campagnes.

Là où J’ai choisi de vivre, au milieu des champs et des fermes, j’assiste à l’effondrement du monde agricole – puissant révélateur du chaos de nos sociétés contemporaines. La tragédie qui se joue dans nos campagnes révèle notre rapport au vivant, à la santé, aux libertés. L’injonction faite à nos paysans de se spécialiser dans des monocultures de masse, d’entasser les bêtes vivantes comme des bêtes mortes est une injonction à la perte de sens, un déni de savoir-faire et de dignité. En France, un agriculteur se suicide chaque jour de l’année. Mais qu’est-ce qui fait disparaître un paysan qui ne se suicide pas ? Car il y a tout aussi intolérable : lorsque ceux qui refusent le modèle productiviste sont terrassés par une violence d’État devenue systémique.

Ce texte est inspiré d’une histoire vraie, le destin d’un homme que les petites mains de l’administration ont muselé et que le bras armé de cette même administration a poursuivi comme un criminel. Ce sont ces trois années de harcèlement administratif et ces neuf jours de traque que j’ai explorés pour incarner les affres d’un être confronté à l’absurdité du monde. Au sein du roman, j’ai choisi la polyphonie des témoignages – voisins, sœur, amis – pour dresser le bilan des dépossessions. Et ce sont les soubresauts du corps, accordés aux tourments d’un paysan fugitif dans une nature en sursis, qui traduisent à la fois la mélancolie et l’euphorie de la cavale. Ce personnage fictionnel se veut une allégorie de toutes celles et ceux qui m’ont confié ce que signifie aujourd’hui être des gens de la terre. Ainsi l’œuvre de fiction s’empare-t-elle librement de ce fait divers de mai 2017 sans se faire juge ni censeur. J’ai seulement souhaité que soient justes le sentiment de révolte, les luttes, les renoncements, les espérances. Au sens non pas de la justice mais de la justesse.’’

C. R.

© François Giraud

A propos de l’autrice

Corinne Royer

 

Corinne Royer vit entre les hauts plateaux du parc naturel régional du Pilat, près de Saint-Étienne, et l’Uzège. Pleine terre est son cinquième roman après M comme Mohican (Héloïse d’Ormesson, 2009), La Vie contrariée de Louise (Héloïse d’Ormesson, 2012, prix Terre de France / La Montagne ; Babel n° 1589), Et leurs baisers au loin les suivent (Actes Sud, 2016) et Ce qui nous revient (Actes Sud, 2019 ; Babel n° 1770).

Parution le 18 août 2021

Furies

Par Julie Ruocco

premier roman

En mission à la frontière turque, Bérénice, archéologue française dévoyée en receleuse d’antiquités, se heurte à l’expérience de la guerre. Dans la convulsion des événements, elle recueille la fille d’une réfugiée, et fait la rencontre d’Asim, pompier syrien devenu fossoyeur. Poussé par l’avènement de l’État islamique, ce dernier s’est exilé en Turquie, où il fabrique de faux passeports. Aux morts enterrés dans son pays, il tente de redonner vie par la résurrection de leurs noms. La grandeur de sa tâche est à la mesure de sa folie. Celle de maintenir une mémoire vive, au moment même de son effondrement. Cette cause, qui perdure au-delà du seul pari individuel, les mènera jusqu’au Rojava, sur la trace des guerrières peshmergas et de leur combat pour la liberté.

Entre ce que Bérénice déterre et ce qu’Asim ensevelit, il y a l’élan d’un peuple qui se lève et qui a cru dans sa révolution. Quand les événements s’emballent et qu’ils contractent les existences, seules les coïncidences peuvent retisser ce qui a été défait par la guerre.

Sondant notre histoire contemporaine à la recherche des Furies antiques, le roman de Julie Ruocco rend un hommage puissant aux femmes qui ont fait les révolutions arabes, et à leur quête de justice.

Née dans les années 1990, j’appartiens à une génération à qui on a enseigné la « fin de l’histoire ». Mais l’histoire ne s’arrête jamais, elle s’accélère. L’oublier, c’est la laisser nous échapper. Pour moi, l’écriture de ce livre est une tentative qui vise à endiguer ce sentiment de perte. À tamiser les images qui s’étalent sur nos écrans et à permettre à nouveau la possibilité d’un récit.

En grandissant, j’ai a été confrontée au spectre du djihad. J’ai vu, sans réellement y prendre garde, certaines de mes camarades se radicaliser et partir. Il y a trois ans, au détour d’un JT, j’ai reconnu les parents de Julie, une camarade d’hypokhâgne morte en Syrie. Cette réalité m’a rattrapée avec toutes les questions qu’elle soulevait. À partir de ce moment, j’ai commencé à me renseigner et à écrire sur le phénomène. Mais c’est en suivant le travail d’un ami cinéaste sur les archives de la révolution syrienne que j’ai découvert la figure de Razan Zaitouneh, une avocate syrienne et militante des droits de l’homme, portée disparue depuis le 9 décembre 2013. J’ai été frappée par sa volonté et l’étendue de son combat. J’ai donc cherché à interroger l’idée d’un destin, d’une résilience qui perdurerait au-delà du pari individuel.

Il ne s’agit pas seulement de retranscrire les causes qui, de l’échec de la révolution, ont mené à l’avènement de l’État islamique, mais de raconter aussi les espoirs intacts et les courages anonymes de ceux qui ont dû y faire face. Certains événements sont tirés de faits réels, beaucoup appellent à la légende. Derrière la raideur des faits, ce texte est une variation de l’Orestie qui cherche à interroger ce qui se joue entre le silence et la mémoire, entre la résistance et l’horreur. Et c’est précisément dans ce crépuscule que surgissent les furies : figures contemporaines de la quête de justice, elles sont réfugiées, archéologues ou activistes. Leurs visages se juxtaposent pour passer les frontières et les époques mais leur mission reste la même : rendre aux hommes une prise sur leur histoire pour qu’ils ne soient pas engloutis par les ténèbres.

Ce livre n’a à aucun moment valeur de manifeste, il est simplement un récit symbolique qui s’est tissé sur le fil d’une réflexion nourrie par l’actualité. Chacun pourra y trouver autant de révolte que de lâcheté, de courage que de défaite.’’

  1. R.

© Lio Photography

A propos de l’autrice

Julie Ruocco

 

Âgée de vingt-huit ans, Julie Ruocco, ancienne étudiante en lettres et diplômée en sciences politiques, travaille au Parlement européen. Passionnée par les cultures numériques, elle a publié un ouvrage de philosophie esthétique : Et si jouer était un art ? Notre subjectivité esthétique à l’épreuve du jeu vidéo (L’Harmattan, 2016). Furies est son premier roman.

 

 

Suivez-nous sur :